Présentation des  Ecrits de Ould El Kettab

Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, la raison qui me vaut l’honneur et le plaisir de m’adresser a vous ce soir est de vous présenter deux ouvrages que je viens juste de publier à l’Harmattan. A travers ces je me suis attaché à mettre en exergue le fait que la Mauritanie a toujours été : UN ESPACE DE BRASSAGES SOCIAUX ET DE METISSAGE CULTURELS.

Dans le premier ouvrage que j’ai appelé «  Ouadane, Port Caravanier, Mauritanien, ses fondateurs et leurs mouvements migratoires »  

J’ai articulé deux parties distinctes.

         Dans la première intitulée : « Ouadane à travers les âges », je me suis attaché à montrer la place privilégiée qu’occupe cette cité ancienne au  sein de l’héritage historique de la Mauritanie, en raison d’une part des innombrables vestiges  paléolithique et néolithique, notamment la pléthore d’outillage lithique et la multiplicité des sites de gravures rupestres que l’on rencontre aux alentours de la cité et qui témoignent d’une présence continue dans  cette depuis la préhistoire, de communauté humaines grégaires et structurées ; et en raison d’autre part, du rôle significatif, à la fois de port caravanier et de phare culturel notoire qu’elle avait joué depuis sa fondation au 12ième siècle jusqu’à la fin du 18ième siècle.

         J’ai ensuite  montré comment cette cité, pendant longtemps prospère et resplendissante avait commencé à péricliter et ce en mettant en exergue et ce en mettant en exergue l’ensemble des facteurs dont la conjugaison avait présidé à ce déclin.

La deuxième parie du livre, intitulée : «mouvements migratoires des fondateurs de Ouadane » se focalise, sur leur provenance, leurs origines et aussi sur la constitution progressive autour de leurs descendants d’une communauté homogène soudée par des liens de consanguinité et par des alliances affectives.

Dans cette partie ont été également abordés les mouvements migratoires successifs par lesquels cette communauté avait pour diverses raisons, essaimé, d’abord vers le Sud et l’Est Mauritanien, puis vers le Sénégal et le Mali et par la suite vers le Maroc, l’Arabie Saoudite et d’autres du Golf Arabe.

S’agissant des motivations qui m’ont poussé à écrire sur Ouadane, elles sont multiples. Elles tiennent d’abord au fait que je suis ressortissant de cette cité, et qui plus est, je suis héritier de l’une des familles maraboutiques propriétaires des bibliothèques riche en manuscrits et donc dépositaire en partie du patrimoine culturel en cité.

Ces motivations tiennent au fait que je suis président d’une association culturelle ayant pour mission la sauvegarde du patrimoine culturelle Mauritanien à Ouadane en l’occurrence : l’Association Culturelle pour la sauvegarde du Patrimoine Mauritanien à Ouadane.  

De plus, la situation  présente de Ouadane m’interpelle en ma qualités d’intellectuel Mauritanien soucieux d’attirer l’attention sur l’absolue nécessité de préserver et de réhabiliter l’une des plus vieilles cités de Mauritanie que l’UNESCO avait déclaré patrimoine de l’humanité.

Il y’a lieux d’indiquer ici que par-delà ces considérations immédiates, il m’a semblé que la réflexion sur l’évolution de Ouadane depuis sa fondation  en 1142, et particulièrement édifiante sur l’ampleur des échanges économiques et culturels ayant existé entre l’Afrique du Nord, l’Andalousie musulmane et la régions sahélienne à travers le commerce caravanier dont cette ville était la plaque tournante pendant plus de 5 siècles.

Tout comme les mouvements migratoires des descendants des fondateurs de la ville, les Idawelhaj en l’occurrence, vers les zones sahéliennes me sont apparus révélateurs du degrés de brassage ethniques, de métissages sociaux opérés durant les 5 derniers siècles entre les populations Arabo-Berbères du nord de la Mauritanie et les populations Negro-Africaines   du Sahel.

Ces mouvements permettent quant à eux de prendre la mesure de l’action de dissémination au niveau de l’espace sahélien de la culture Arabo-islamique dont la cité de Ouadane était devenue l’un des haut-lieux et les émigrants qui en étaient originaires, les principaux vecteurs et propagateurs.

Enfin, à travers cet ouvrage j’ai voulu montrer que les deux espaces magrébin et sahélo saharien constituaient en fait un seul continuum géographique où la circulation des biens, des personnes et des idées n’était entravée ni par les obstacles physiques, ni les barrières linguistiques, ni les particularismes sociologiques.

En fait les échanges culturels et spirituels qui se faisaient à la faveur des brassages inter-ethniques constituaient les solides facteurs de rapprochement et d’intégration.

Cette absence de frontière, cette liberté de mouvement, cette facilité des contacts et le sentiment de proximité et de communauté de destins qui en découlait, avaient assurément été perturbés par l’irruption du commerce atlantique introduit dés le 16ième siècle par les puissances occidentales avant de recevoir le coup de grâce du fait de la colonisation à laquelle l’on doit les frontières artificielles existant aujourd’hui et qui sont à l’origine de guerres fratricide répétitives qui n’ont cessé de secouer le continent Africain.

Pour ce qui est du second ouvrage intitulé : « Facettes de la réalité Mauritanienne »  il consiste lui en une compilation d’article de fonds produits au cours des années 2004 et 2005 et publiés dans les principaux de presse nationale indépendante.

Ces articles abordent sans ambages et sans complaisance aucune les défauts rédhibitoires et les dérives inconsidérés qui ont caractérisés les cinq dernières années du régime déchu, notamment les tares de l’administration, les disfonctionnements des institutions, la mauvaise gestion des ressources Nationales, le déclin de la culture, l’isolement du pays, les atteintes aux libertés démocratiques fondamentales et le mépris profond pour les valeurs éthiques cardinales qui constituaient le cadre référentiel des Mauritanie.

Or ce sont là autant de facteurs qui sont au demeurant tout à fait incompatibles avec la vocation qui doit être celle de la Mauritanie en raison précisément de sa géographie, de son histoire de sa sociologie et des traditions culturelles spécifiques qui ont toujours été les siennes.

En effet au plan géographique, la Mauritanie, situé au point de jonction entre l’Afrique du Nord Arabo-Berbère et le Sahel Soudanais, est, ipso-facto, une zone mitoyenne entre deux espaces culturels, un carrefour de civilisations et une terre de rencontre et de différences complémentaires.

Au plan sociologique, le pays a depuis les temps immémoriaux, été une aire de brassage sociaux, de métissage culturels, de diversité ethnique et de pluralité identitaire. Il a donc toujours été ce que l’on appelle un melting pot.

Au plan culturel, l’on peut dire que depuis la naissance sur ces rivages au 11ième siècle du mouvement Almoravide, la Mauritanie, qui englobait tout l’espace saharien actuel et  qu’on avait d’abord appelé Ardh Tekrour puis Bilad Chinguit avait connu un essor culturel remarquable.

Ce développement culturel avait pris naissance dans les cités anciennes Mauritaniennes en l’occurrence : Ouadane, Tichit, Oualata, Chinguitti et autres… avant de se propager vers le Sahel, le Maghreb et le Moyen Orient à la faveur de la grande mobilité des Mauritaniens parmi lesquels il y’avait un bon nombre d’érudits.

La Mauritanie était d’ailleurs l’unique contrée de l’espace de Arabo-Musulman où la culture savante et la production du savoir se sont développés dans le cadre d’un mode de vie nomade.

Le développement culturel en Mauritanie, qui allait crescendo à partir du 11ième siècle avait culminé au 19 siècle ; si bien que les oulémas Mauritaniens étaient connus et tenus en haute estime au Sahel, au Maghreb, au Moyen Orient et même en Turquie ottomane.

Cette renaissance culturelle en Mauritanie avait stimulé l’importation et la production sur place d’un nombre considérable de manuscrits qui alimentaient les fixes des anciennes cités du pays et les bibliothèques mobile détenues des universités Mauritaniennes du désert appelées « Mahadras ».

Une grande partie de ce patrimoine culturel n’a malheureusement pas pu être conservée en bon état si bien qu’aujourd’hui l’on n’a pu recenser dans tout le pays que 44.000 manuscrits encore exploitables.

Il va sans dire par ailleurs que la culture développée en Mauritanie était, en termes de contenu, la même que celle en cours jusqu’au 19ième siècle dans tout l’espace Arabo- Musulman à savoir la théologie, la philologie, la métrique, l’astrologie, la philosophie etc…

Mais le rite pour lequel tous les Mauritanien avaient opté et auquel ils avaient tous adhéré était le rite sunnite melikite et ashaarit en particulier.

C’est sans doute parce que cette variante du rite melikite convenait mieux au tempérament des Mauritanien en raison de leur spécificité historique, sociologique et psychologique, avaient développé une culture de modération et de tolérance et avaient intériorisé la diversité et la pluralité et s’étaient en conséquence habitués à la différence et à l’altérité.

Tel a été donc le substratum où avait pris racines le système des valeurs Mauritaniens.

Ce système de valeurs repose fondamentalement sur la tolérance, le respect d’autrui, la pluralité, l’équité et le partage. Il bannit le despotisme, la tyrannie, le fanatisme et l’extrémisme sous toutes ses formes.

Dans cet ordre d’idées, il convient de préciser que la Mauritanie est de par sa géographie, son histoire, son héritage socioculturel, prédisposée à servir de pont entre le Maghreb et le Sahel, et d’interface entre le monde Arabe et l’Afrique Noire.

Voila pourquoi toutes choses étant égales par ailleurs, il ne devrait pas y avoir de place dans ce pays pour le communautarisme sectaire, ni pour une quelconque forme de bigoterie ou d’extrémisme idéologique ou religieux.

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