Recherche de l’excellence dans la qualité de l’éducation en Mauritanie

1-Définition du concept de l’excellence

  • de l’excellence en général
  • l’excellence en éducation

2 -Revue du système éducatif Mauritanien

            a- évolution historique

            b- émergence d’un mode d’enseignement bivalent

            c- un composant traditionnel

            d- un composant moderne

3-Politique d’ajustement correctif du système

a- Reformes successives

b- Faiblesses et lacunes rédhibitoires

4-Prise de conscience de la nécessité de l’amélioration qualitative du système

 

a- facteurs  déclanchant externes

b- Moyens mis en œuvre

c- Stratégie élaborée et objective poursuivis

d- Ecart entre ambitions déclarées et performances réalisées

Conclusion

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1- Définition du concept de l’excellence

  • De l’excellence en général

 

L’on peut, de façon générale, définir l’excellence comme étant une situation caractérisée par un haut degré de rationalité, d’opérationnalité, de perfection et de pertinence, une situation hautement satisfaisante parce qu’assurant une capacité maximale de répondre pleinement à des besoins précis et d’atteindre de façon intégrale des objectifs préalablement fixés.

  • Dans le champ de l’éducation

 

S’agissant de l’excellence en matière de qualité de l’éducation, elle consiste en la capacité avérée de réaliser l’adéquation entre la nature de l’enseignement dispensé et les impératifs du développement socioéconomique,culturel, scientifique et technologique d’une société  donnée.

            Pour une évaluation édifiante du système éducatif Mauritanien, il convient de considérer son évolution et l’articulation de ses différents composants pour former un tout cohérent répondant aux besoins spécifiques de la société Mauritanienne au cours des phases successives de son parcours historique ; et ce à la lumière des impératifs de l’excellence telle que nous l’avons définie plus haut.

2- Revue du système éducatif Mauritanien

  • Evolution historique

 

L’avènement de l’Islam en Mauritanie dés le 8 eme siècle, et la naissance sur ses rivages au 11eme Siècle du mouvement politico-religieux des Al moravides ont été à l’origine d’un enseignement Arabo-islamique dispensé dans des Medersas ou « mahdaras » comme on les appelle en Mauritanie. Ces institutions éducatives particulièrement adaptées au mode de vie nomade, assuraient des formations qui variaient du niveau primaire au niveau supérieur.

L’enseignement qui était dispensé portait essentiellement sur la théologie, les sciences de la langue Arabe, la philosophie, l’astronomie,la médecine, les mathématiques….

Ces Mahderas qui étaient jusqu’à l’avènement de la colonisation Française au début du20 eme

Siècle, les seules institutions éducatives existant dans le pays, ont permis un essor culturel remarquable en Mauritanie ; ce qui a fait que ce pays a rayonné tant vers le Maghreb que vers l’espace Soudano sahélien des siècles durant.

En dépit de la politique coloniale particulièrement hostile à ce système éducatif et à la culture qui en est issue, il a été possible de recenser en Mauritanie, en 1995, plus de 300 bibliothèques comprenant 40 000 manuscrits.L’on a par ailleurs pu dénombrer 9000 manuscrits Arabes au Mali, 3600 au Niger et un nombre considérable au Sénégal.

 Quant au nombre de Maderas qui avaient pu permettre une telle moisson, et qui se sont maintenues en Mauritanie jusqu’à cette  date en dépit de la politique coloniale de sape, il est de 1524 unités ; elles regroupaient jusqu’alors : 72 799 élèves dont 24 910 du niveau supérieur.

            Ce système éducatif et les formations qu’il assurait dans les domaines religieux, juridique, littéraire, scientifique et pratique étaient en adéquation avec les besoins de la société Mauritanienne, répondait à ses préoccupations et satisfaisait ses aspirations.

            Mais à  son avènement, l’administration coloniale s’est employé sans désemparer  à désagréger ce système  séculaire et à ravaler la culture dont il est le support en vue  de lui substituer le mode d’enseignement Francophone.

            b- Emergence en Mauritanie d’un mode d’enseignement bivalent

Pendant les premières décennies de sa présence en Mauritanie, qui a duré un demi-siècle, l’Administration coloniale Française a toléré les institutions autochtones d’enseignement et a permis l’usage de l’Arabe pour la rédaction des actes juridiques, civils et administratifs se rapportant à la vie quotidienne des populations.

Mais à partir de 1915, le colonisateur a commencé à substituer autant que faire se peut, les écoles rurales francophones aux mahderas locales. Ces écoles avaient pour mission immédiate de former les commis, les auxiliaires et les divers agents nécessaires au fonctionnement de l’administration coloniale et pour objectifs lointains de favoriser l’assimilation culturelle des populations indigènes ; à preuve la décision prise par les autorités coloniales en 1924 d’interdire l’usage de la langue Arabe dans les écoles Françaises établies  en Mauritanie. Toutefois, en dépit de l’obligation faites aux populations d’envoyer leurs enfants aux écoles coloniales et malgré les mesures insidieuses visant à entraver l’action des mahderas, celles-ci n’en avaient pas moins continué à avoir la préférence des populations.

Cette juxtaposition forcée des écoles coloniales et des mahderas autochtones, a été à l’origine de l’apparution subséquente en Mauritanie d’un système éducatif bivalent comportant un enseignement traditionnel ou originel qui est la continuation de l’éducation mahdériste précoloniale et un enseignement francophone dont la structure et le contenu ont été définis  dés 1945 et imposé d’autorité à la Mauritanie ainsi d’ailleurs qu’aux autres pays de l’Afrique occidentale Française.

  • Un composant traditionnel

 

Il s’agit de l’aspect non formel et non diplôment de l’enseignement national qui est délivré au niveau des Mahderas parfois de façon parallèle et concomitante avec l’éducation formelle.

Le système traditionnel d’enseignement est, en raison de sa proximité des populations, de sa facilité d’accès, de son coût modique et de sa dimension religieuse, plus attractif aux couches sociales déshéritées, enclavée et exclues de la carte scolaire.

La formation cléricale, littéraire et juridique qu’offre cet enseignement n’a en fait que très peu de débouchés sur le marché de l’emploi. Ce qui laisse un pan significatif de la jeunesse lettrée à la marge de la vie active.

Pour remédier à cette situation et prévenir les conséquences qui peuvent en découler, les autorités nationales, ont crée des écoles d’apprentissage de métiers et des instituts technicho-professionnels à l’intention des sortant des Mahderas pour les réhabiliter professionnellement et pour favoriser, ce faisant, leur insertion au marché de l’emploi.

Cette politique vise à éliminer la cloison qui sépare l’enseignement non formel et l’enseignement moderne et à créer une dynamique de convergence entre les deux modes d’enseignement en cours dans le pays.

            d- Composant moderne

Il s’agit du modèle d’enseignement hérité de la période coloniale et qui était conçu en fonction des impératifs de la politique coloniale et destiné à consolider l’emprise économique, politique, sociale et culturelle de la France sur la Mauritanie.

  • Ajustements correctifs du système

Ce type d’enseignement extraverti, imposé de l’extérieur et qui n’intègre pas les spécificités, socioculturelles des populations Mauritaniennes, a été mis en cause dés l’indépendance nationale ;d’où une série de réformes éducatives visant à adapter et à contextualiser le système éducatif national et à le réconcilier avec les particularités civilisationnelles distinctives du peuple Mauritanien.

  • Réformes rectificatives

 

Les reformes successives initiées en 1967, en 1973 et en 1979 et qui visaient en théorie à décloisonner, à Mauritaniser et à restructurer le système éducatif Mauritanien pour l’harmoniser toujours plus avec les exigences de la vie nationale, ont péché par l’improvisation, le manque de rationalité et l’absence de professionnalisme et ont surtout été inspirées  davantage par des motivations politiques que par des considérations pédagogiques.

  • Faiblesses et lacunes rédhibitoires

 

Ces réformes à l’emporte pièces ont abouti à une arabisation trop volontariste pour la réussite de la quelle les conditions minimales requises n’étaient pas réunies ; dans la mesure où les enseignants Arabisants compétents faisaient défaut, le matériel didactique et pédagogique nécessaires n’était pas disponible en quantité suffisante ; de plus l’expérience, les aptitudes professionnelles et le savoir faire étaient ridumentaires.

Cette situation a conduit à une régression avérée de l’apprentissage des langues étrangères, à un recule réel de l’enseignement des disciplines scientifiques et techniques et partant à une chute général du niveau scolaire dans le pays .Elle a par ailleurs servi de catalyseur à un déchaînement de contradictions politiques et de tensions socio culturelles qui ont failli mettre à mal la cohésion et la stabilité du pays.

4- Prise de conscience de la nécessité de l’amélioration qualitative du système

  • Facteurs déclenchants externes

 

La nécessité pressante ressentie avec une acuité croissante par les pays Africains au même titre d’ailleurs que les autres pays du tiers monde, de lutter contre la pauvreté et le sous-développement en optimisant la mise en valeur de toutes leurs potentialités, a fait petit à petit naître la conscience au niveau de ces pays, de l’extrême importance de la valorisation des ressources humaines comme facteur incontournable de développement socio économique, culturel, scientifique et technologique.

            C’est dans ce cadre que se situent la déclaration de Jomtien en 1990 sur l’éducation pour tous, le programme de Harare pour la décennie de l’éducation en Afrique(1997-2006), le cadre d’action de Dakar en 2000 et les biennales successives de l’Association pour le développement  de l’éducation en Afrique(ADEA).

Pour être en harmonie avec cette approche internationale et panafricaine concernant la généralisation et l’amélioration de la qualité de l’éducation,la Mauritanie a initié en 1999 une nouvelle réforme du système éducatif national qui se propose d’améliorer la qualité de l’éducation nationale à travers la mise en œuvre d’une approche holistique appelée le programme national de développement du secteur éducatif (PNDSE) qui couvre la période 2001-2010.Ce programme décennal lancé en 2000 a été élaboré suivant une approche participative,globale,multi sectorielle et multi partenariale.

b- Moyens mis en œuvre pour la réalisation de PNDSE

Ayant réussi le programme d’ajustement structurel préconisé par les institutions de Breton Wood,la Mauritanie a été déclarée en Mars 1999 éligible à l’initiative pour les pays très endettés (PPTE),elle a de ce fait bénéficié d’un allègement de sa dette extérieure. Les moyens financiers ainsi dégagés ont pu être en parti disponobilisés en faveur du secteur de l’éducation dont le développement quantitatif et qualitatif est conforme aux objectifs internationaux de développement du millénaire ; dans la mesure où il permet d’optimiser le capital humain et de contribuer à l’allègement de la pauvreté des populations déshéritées.

Les moyens financiers alloués à l’éducation,à l’instigation et sous la supervision des partenaires au développement de la Mauritanie, ont permis des avancées significatives en matière d’accroissement du taux de scolarité brut,de scolarisation des filles,d’augmentation d’enseignants,de structures pédagogiques et de manuels scolaires.

 Ainsi le taux brut de scolarisation dans l’enseignement fondamental est passé de 53% en 1991-92 à 86% en 1997-99.  Au cours de la même période le nombre d’écoles est passé de 1309 à 2676, celui des salles de classes de 3967 à 7366. Le taux de scolarisation des filles est passé, lui, de 43% à 48%.

            c- Stratégie élaborée et objectifs poursuivis

La reforme éducative mise en œuvre en 1999 a pour  objectif de pallier aux faiblesses et aux carences inhérentes aux différentes réformes précédentes. Les modifications qui  y ont été introduites tendent à s’inscrire dans une politique d’amélioration de la qualité de l’éducation à travers notamment :

  • L’unification du système par la suppression des filières linguistiques crées par la réforme de 1979.
  • Le prolongement de la durée de l’enseignement du premier cycle de trois à quatre ans.
  • Le renforcement de l’enseignement des sciences et de l’introduction de la physique et de l’informatique dans le premier cycle du secondaire.
  • Le renforcement de l’enseignement des langues étrangères.

Le plan national du développement du secteur éducatif(PNDSE) qui complète et consolide la réforme de 1999 et qui répond à un défi de taille au regard des objectifs poursuivis par la Mauritanie sur la période 2001-2010, a pour ambition de :

  • Améliorer l’offre éducative et favoriser la rétention dans le système.
  • Renforcer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage.
  • Optimiser la gestion des ressources.
  • Résorber les disparités entre : genres, régions et zones.
  • Assurer l’adéquation entre la formation, les aspirations des individus et les besoins de la société et de l’économie.
  • Améliorer l’offre de l’éducation par la mise en place d’une carte scolaire appropriée, la réorganisation de l’université et la disponibilisation d’une formation technique idoine.
  • Renforcer la qualité de l’enseignement par la rénovation des programmes, par la professionnalisation des formations initiales et continues ainsi que par l’encadrement administratif et pédagogique.
  • Renforcer la scolarisation des filles.
  • Généraliser les écoles qui offrent le cycle complet d’ici 2010.
  • Construire 530 salles de classes par ans.
  • Accroître les effectifs enseignants d’environ 650 par an de manière à pouvoir réduire le rapport elève-enseignant de 48 actuellement à 40 dans l’horizon 2010.
  • Favoriser l’expansion de l’enseignement privé pour qu’il soit à même d’accueillir 30 000 élèves.
  • Rénover de façon continue les programmes scolaires.
  • Promouvoir une politique appropriée de manuels scolaires ayant pour objectif la mise à disposition de manuels dans les établissements scolaires.
  • Libéraliser l’édition et la distribution de manuels scolaires.
  • Mettre en œuvre une politique rationnelle de recrutement des enseignants pour répondre aux impératifs de la reforme.
  • Favoriser la formation accélérée des enseignants potentiellement bilingues.
  • Mettre en place une politique incitative en vue d’accroître la présence des filles dans les établissements secondaires et supérieurs.
  • Veiller à la préservation de la santé scolaire à travers le développement de l’hygiène et de la nutrition au sein des établissements scolaires…

Tels sont sommairement énumérés les principaux axes qui constituent l’ossature du PNDSE et tels sont les objectifs qui lui sont assignés et qui convergent tous vers la réalisation d’une ambition fondamentale  à savoir la généralisation d’une éducation de qualité au profit des enfants Mauritaniens scolarisables.

Est-ce que pour autant, l’excellence dans la qualité de l’éducation délivrée au niveau de tous les ordres de l’enseignement en Mauritanie, est atteinte ?

            d- Ecart entre les ambitions déclarées et les performances réalisées

            En dépit des efforts déployés et malgré les progrès sensibles que la mise en œuvre  de la réforme de 1999 et du plan national de développement du secteur éducatif ont permis d’enregistrer, l’excellence dans la qualité de l’éducation reste encore à atteindre en Mauritanie.

En effet le système éducatif Mauritanien souffre encore de beaucoup de lacunes et de carences qui l’empêchent encore de prétendre à l’excellence en matière d’éducation. Ceci est d’autant plus vrai que : l’efficacité interne  de ce système laisse à désirer en raison notamment du fait que le taux de rétention au niveau du fondamental ne dépasse guère 55% dans les zones urbaine alors qu’aux zones rurales il atteint à peine 43%.

De plus la maîtrise des programmes se situe, elle, en moyenne à 30% pour l’ensemble des disciplines évaluées et corrélativement seuls 34% des élèves des quatre années du fondamental possèdent des manuels de première langue, et 25% d’entre eux seulement possèdent les manuels des mathématiques.

            La faiblesse de la formation initiales au sein des écoles normales des enseignants, leurs absence de motivation et le fait que seuls 60% d’entre eux disposent de  supports didactiques requis affectent négativement leur performance et la qualité de leurs prestations.

Conclusion

En conclusion, l’on peut dire que si l’excellence dans la qualité de l’enseignement se mesure à l’aune de l’efficacité interne du système éducatif et s’apprécie en fonction du degré  d’adéquation de l’apprentissage offert et de la formation dispensée d’une part et des besoins du marché de l’emploi et des impératifs  du développement économique et socio culturel d’autre part, alors le système éducatif Mauritanien, nonobstant les pas appréciables déjà franchis, n’a pas au demeurant, atteint l’excellence en matière d’éducation et manifestement il a encore un bon bout de chemin à parcourir avant de l’atteindre.Il a néanmoins franchi le premier pas en cette direction or ,comme on dit, ce n’est que le premier pas qui coûte !

Et le système éducatif Mauritanien a franchi ce pas.

Nouakchott le 29 Novembre 2006.

Pr. Mouhamed Lemine Ould EL KETTAB

 

Bibliographie

 

 

  • Une approche d’amélioration de la qualité de l’éducation en Mauritanie

 Etude réalisée par le Ministère de l’éducation nationale de la République Islamique de Mauritanie.

L’Harmattan  (ADEA 2005)

  • Enseignement traditionnel en Mauritanie

La Mahdara ou l’école « à dos de chameau »

El Ghassem Ould Ahmedou

L’Harmattan 1997

3-  Facettes de la réalité Mauritanienne

Mouhamede Lemine Ould EL KETTAB

L’Harmattan 2006.

4-  Rapport de synthèse de la journée de réflexion  sur l’excellence en Education en Mauritanie organisée à l’ENS le 6 Juin 2006.

5-  Etude de faisabilité d’une maison d’édition en Mauritanie : Propos préliminaire.

 B.S Ould Bouliba, document élaboré en 2005, inédit.

6-  Le système éducatif Mauritanien, son passé et perspectives d’avenir (étude en Arabe inédite).

Mouhamed Lemine Ould EL KETTAB

 

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