OUADANE ENTRE HIER ET AUJOURD’HUI

Conférence prononcée le 22 avril 2002, au Centre Culturel Français de Nouakchott, Mauritanie

Introduction

  1. Occupations successives du site actuel de Ouadane et ses environs
  2. contexte Protohistorique
  3. indications sur les peuplements Préhistoriques du site de Ouadane et ses environs
  4. population antéislamique ayant vécu dans l’espace englobant l’emplacement de Ouadane
  5. l’islamisation, son impact économique et socio-culture

  1. Fondation de Ouadane Proprement dit

 

  1. les pères fondateurs
  2. étymologie de Ouadane
  3. formation et évolution du tissu Social actuel
  4. arabisation de la population de Ouadane

  1. Essor économique de Ouadane

 

  1. commerce transsaharien
  2. commerce atlantique

  • Rayonnement culturel de Ouadane

 

  1. facteurs sous-jacents
  2. mode traditionnel de transmission des connaissances

  1. Déclin de la ville de Ouadane

 

  1. Recule économique
  2. Atrophie sociale
  3. Régression culturelle

  1. Renaissance de la ville

 

 

Conclusion

 

La ville de Ouadane se situe à l’extrémité du dorsal de l’Adrar à 220km au Nord d’Atar et à 100km au nord est de Chinguitty.

Dans cette communication, je m’attacherai à évoquer les traces laissées par les divers peuplements qui ont successivement occupé l’emplacement actuel de Ouadane et l’espace qui englobe cet emplacement.

Je donnerai au passage quelques indications concernent les origines lointaines de ces peuplements.

J’aborderai l’évolution au plan socio-économique et culturel que cette ville a connu depuis sa fondation au 12ème siècle à nos jours.

J’indiquerai ensuite les facteurs qui ont conduit à son déclin qui a culminé au cours de la 2ème Moitié du 20ume siècle.

J’évoquerai enfin la renaissance que la ville semble connaître depuis les années 1980.

Quand on visite Ouadane aujourd’hui, l’on s’aperçoit que les ruines de l’ancienne cité occupent tout le flanc sud, d’une falaise escarpée et pentue qui surplombe une palmeraie qui, elle, s’étire le long d’un Oued serpentant d’est en ouest.

Aux abordes de ce Oued, il y a des talus et des collines sur lesquels il y a des vestiges d’anciens villages aujourd’hui complètement disparus.

En se promenant sur le reg caillouteux au Nord de la ville, le visiteur attentif pourrait récolter : des galets aménagés, des bi-faces, des outils de broyages, des armatures de flèches, etc……

Sur d’autres sites plus au Nord, il est encore possible de ramasser des outils lithiques plus élaborés.

Une visite aux bibliothèques des familles maraboutiques de la ville, permettra par ailleurs, de se rendre compte de visu, du grand nombre de livres et de manuscrits en langue Arabe encore en possession de ces familles.

Et si le visiteur considérait attentivement les faciès des habitants de la ville, il s’apercevrait immanquablement qu’ils proviennent de souche ethniquement différenciées.

Ce visiteur ne manquera pas non plus, s’il prête un peu d’attention, de constater le nombre relativement important de chantiers en cours tant au niveau de la ville qu’au niveau de la palmeraie.

Ces constats sont autant d’indices significatifs et édifiants qui sont de nature à éclairer la réflexion sur le passé lointain de la ville, sur les différentes étapes de son évolution historique, sur son présent et ses perspectives d’avenir.

  1. Occupations successives du site actuel de Ouadane et ses environs

 

 

1- Contexte proto-historique

 

Le matériel lithique caractéristique de l’époque paléolithique tel que : ( les galets aménagés, les bi-faces grossiers), matériel qui a été récolté et qui continue à l’être à Ouadane et à ses environs d’une part, et l’existence de gravures rupestres représentant des éléphants, des rhinocéros, des girafes, d’autre part, montrent que l’emplacement actuel de Ouadane et l’espace qui l’englobe, ont été occupés depuis le paléolithique supérieur c’est-à-dire depuis au moins 10 000 ans avant notre ère, par des groupements humains aux habitudes grégaires.

L’outillage lithique découvert et le type d’animaux représentés à travers l’art rupestre laissent penser que ces groupements humains dont on ne sait pas très bien la provenance initiale, pratiquaient la chasse ; ce qui implique qu’à cette époque là, le climat était assez humide pour permettre l’existence d’un couvert végétal assez fourni pour rendre possible la présence de ces espèces d’animaux.

La découverte au niveau d’autres sites se trouvant à proximité de Ouadane, d’outils lithiques plus perfectionnés tels que les têtes de flèches dentées, les perçoirs en silex ou en quartz, les meules en granit, les tessons de céramique caractéristiques de l’ère néolithique, ainsi que des dessins rupestres représentant des bovidés attelés ou non ( site d’El Beyid), des chevaux avec ou sans chars (site d’El Ghellaounia), des animaux sauvages du climat humide ( sites d’Elbeyed el d’El Ghellaounia), dessins qui remontent eux aussi à l’époque néolithique, montrent, à leur tour que depuis au moins 3000 ans avant J-C, l’emplacement de Ouadane et ses environs ont connu la présence de groupements humains sédentaires, qui à la faveur d’un climat encore relativement humide, pratiquaient, outre la chasse, l’élevage des bovidés, utilisaient les chevaux et s’adonnaient à l’agriculture.

D’autres gravures rupestres qui remontent à 2000 ans avant J.C, comportent des scènes de chasse d’addax, d’oryx et d’autruches. Elles comportent aussi des dessins de chameaux (site d’Elghellaouia).

Ces gravures montrent quant à elles, qu’à la fin du néolithique, c’est-à-dire, à la fin du 1er millénaire avant notre ère, l’emplacement de Ouadane et son espace environnant, connaissaient la présence de pasteurs camelins qui pratiquaient la chasse d’un type de gibiers caractéristique des espèces désertiques.

Qui sont donc ces peuplements qui ont successivement occupé le site de Ouadane et ses abords depuis le paléolithique jusqu’à la fin du néolithique ?.

2- Indications sur le peuplement pré-historique du site de Ouadane et ses

 

En vérité on connaît peu de choses, jusqu’à présent, sur les peuplades qui ont occupé l’espace environnant l’emplacement actuel de Ouadane et ses alentours pendant le Paléolithique.

Il semble toutefois qu’il ait été possible d’établir, grâce aux mesures anthropométriques effectuées ça et là que ces peuplades seraient de race noire sans qu’il soit possible de faire des affirmations trop catégoriques à cet égard.

S’agissant des populations qui s’étaient établies au nord de la Mauritanie depuis le 3ème millénaire avant J.C, et dont la présence dans les environs de Ouadane a été attestée par les gravures rupestres qu’elles y ont laissées, il a été en revanche possible de les identifier grâce aux écrits des historiens gréco-latins de l’antiquité en particulier :Thucydide et Hérodote et grâce aussi à des recoupements et à des déductions logiques.

Ainsi, il a été historiquement établi que le cheval, a été la monture utilisée par les Gétules et les Garamentes lors de leur conquête du Sahara entre le 3ème et le 1er millénaire avant J.C.

Or les Garamentes, les Gétules et les Numides étaient les libyco-berbères connu des carthaginois et des Romains lesquels Romains se sont toujours efforcés de les refouler vers le Sahara.

Par conséquent la représentation du cheval sur les gravures rupestres existant à Ouadane et à ses alentours (site de EL Ghallaouia) prouve que les Libyco-berbères ont été parmi les occupants de cet espace.

De même la représentation du chameau sur les gravures rupestres de ce même site montre que les pasteurs berbères qui avaient introduit cet animal en Afrique du nord au cours du 2ème Siècle avant J.C ,ont eux aussi ,vécu dans cette région depuis au moins 2000 ans ; ce qui est d’ailleurs corroboré par la présence parmi les gravures rupestres existant des caractères d’alphabet

« Tifinagh ».

Tel est sommairement évoqué le fonds de peuplement préhistorique qui a vécu à travers les âges sur l’espace qui englobe l’emplacement de Ouadane, peuplement auquel sont venus s’ajouter divers autres groupements humains à des époques ultérieures.

3- Population anté-Islamique ayant vécu dans l’espace englobant l’emplacement de Ouadane

D’après les évidences documentées, les populations Libyco-berbères qui avaient pendant longtemps vécus aux frontières méridionales de l’Empire Byzantin de Carthage, ont subi l’influence de l’Eglise Catholique depuis le 1er siècle de l’ère chrétienne avant d’être exposées au prosélytisme judaïque après l’expulsion des juifs du territoire Byzantin au VIe siècle ; tout ceci avant qu’elles aient été définitivement refoulées par les Byzantins derrière les limes érigés pour la protection des frontières de leur Empire contre ces nomades appelés alors les Mauris.

Ces populations Berbères qui ont partiellement et sommairement été exposées aux préceptes judéo-chrétiens et qui de ce fait, étaient enclines à un monothéisme abstrait, ont sous la pression des byzantins, essaimé vers le sud, c’est-à-dire vers le Nord la Mauritanie.

Il y a lieu de signaler dans cet ordre d’idée que la désertification consécutive au dessèchement du Sahara, a amené ces populations à devenir progressivement des camelins nomades en quête perpétuelle de pâturages frais.

Leur présence dans le nord de la Mauritanie actuelle conjuguée avec les effets du dessèchement croissant du Sahara, ont amené les populations résiduelles de la fin du néolithique, à se regrouper dans des zones refuges telles que les vallées, les dépressions et les gorges de manière à pouvoir se sécuriser et subsister grâce à l’agriculture et au petit élevage, ce qui a, sans doute, été à l’origine des oasis.

C’est donc dans des circonstances pareilles que la première oasis a dû voir le jour sur le site actuel de Ouadane.

Il a par ailleurs été établi qu’au VIIIème siècle de l’ère chrétienne la presque totalité de la Mauritanie actuelle était déjà habitée par une confédération tribale Berbère appelée : SANHAJA, qui était constitué des tribus Lemtouna, Gdala et Mesoufa.

L’Adrar appartenait à la tribu Lemtouna d’où l’appellation jebel Lemtouna par laquelle on a pendant longtemps désigné cette région.

Cette tribu qui s’adonnait au commerce avait des tendances sédentaires marquées. Puisqu’elle avait édifié sur son espace vital un certain nombre d’agglomérations que l’on a appelées les cités de Lemtouna.

Parmi celle-ci : Teftel, Tavrella, Tamegouna et Colana érigées aux abords du site actuel de la ville de Ouadane et dont les ruines demeurent jusqu’à présent visibles, comme indiqué plus haut.

En 711, quand le Maghreb était totalement soumis à l’Islam, après la chute de l’Empire Byzantin de Carthage, et la mort de l’empereur Patrice Grégoire, et après la défaite et la mort du souverain Zénéte Kousseila et EL Kahina, la tribu Lemtouna de l’Adrar ainsi que les autres tribus Sanhaja étaient déjà comme nous l’avons vu du fait de leur bref contact avec le christianisme et le judaïsme, de vagues monothéistes et donc réceptives au nouveau dogme apporté par les Arabes.

4- L’Islamisation et son impact économique et socio-culturel

 La chute de l’empire byzantin lequel empire, gênait le mouvement entre le Sahara et l’Afrique du nord, la défaite de ses alliés Zénète, le dynamisme des marchands Arabes, l’ardeur de certains prosélytes Musulmans, la réceptivité des Sanhaja vis-à-vis de l’Islam et leur relative bienveillance à l’égard des Arabes, pasteurs nomades comme eux, ont été autant de facteurs qui ont favorisé la propagation de l’Islam parmi les Lemtouna de l’Adrar.

Or l’introduction de l’Islam dans les villages Lemtouna au voisinage desquels Ouadane serait édifié ultérieurement, a eu un impact pluridimensionnel sur la vie économique, sociale, politique et culturelle dans ces villages et dans tout l’espace où il se situe.

En effet l’avènement de l’islam introduisit une activité culturelle qui n’existait pas avant et qui se traduit par l’acquisition de connaissance à travers la lecture et l’écriture. Il a aussi introduit une dimension spirituelle qui, elle, se traduit par une liturgie et des pratiques rituelles jusqu’ici inconnues.

En conséquence de nouvelles fonctions liées à la transmission du savoir et à la pratique du culte, sont apparues. La langue Arabe surclasse le « Tifinagh » comme langue  de culture et relègue les autres parlers autochtones (comme l’Azeir) au rang de patois à usage réduit.

Les nouvelles fonctions liées aux activités culturelles et spirituelles ajoutées aux fonctions attachées aux activités commerciales, militaires et autres, ont conduit à l’apparition d’une stratification sociale plus prononcée et à la naissance de groupes sociaux aux statuts bien différenciés.

L’établissement des immigrés arabes dans les villages Lemtouna, le nouveau dogme qu’ils ont introduit, la culture et les mœurs qui ont été les leurs, ont familiarisé les Berbères Lemtouna avec le mode de pensée oriental et ont élargi leurs horizons intellectuels ; ce qui à progressivement préparé leurs esprits au mouvement plitico-religieux des Almoravides dont l’étendard, a, par la suite été porté par les tribus Sanhaja : Gdala et Lemtouna et dont l’effondrement subséquent, s’est accompagné d’un bouleversement qui a affecté tout le Maghreb jusque et  y compris les cités Lemtouna de l’Adrar, Ouadane inclus.

  1. Fondation de Ouadane Proprement dit

Le déclin de l’empire Almoravide a commencé à la fin du règne d’Ismaïl Ibn Tachefine, sous les coups de boutoir du mouvement Al Mouahad déclenché en 1124 par EL Mahdi Ibn Toumert.

La doctrine Al Mouahad inspirée des courants Moutazilit, Zahirit et Kharijit, prend de plus en plus d’ampleur dans les villes marocaines, en particuliers à Aghmat où le leader de ce mouvement avait fondé une école pour la diffusion de la pensée Al Mouahad ,ainsi qu’à Ceuta où le Cadi Aydh officiait en tant  que grand Cadi.

Les adeptes avérés de cette doctrine étaient persécutés voire pourchassés par les Almoravides, ce qui les contraignaient souvent à l’exile.

  1. Les pères fondateurs

En 1142, c’est-à-dire 4 ans avant la chute de Marrakech et la mise à mort du dernier roi almoravide, 4 hommes, en partance pour la Mecque, dit la tradition orale, sont arrivés à l’emplacement actuel de Ouadane sur lequel il y’ avait déjà des villages dont on a mentionné les noms auparavant.

Ces 4 hommes provenant d’Aghmat et qui étaient des disciples du cadi Ayadh de Ceuta, étaient-ils arrivés dans la région sur leur chemin pour les lieux saints de l’Islam ? Ou étaient-ils contrains à l’exile pour fuir la violence que les partisans des almoravides et ceux des Al mouhades faisaient subir les uns autres ? One ne sait pas trop.

Toujours est-il que ces 4 pèlerins ou Hadj en l’occurrence : EL Hadj Ali, EL Hadj Yacoub, EL Hadj Outhmane et EL Hadj Abderrahmane Essaim ont décidé de s’installer pour toujours près de Tavrelle, Tamegouna et Colona pour fonder un village propre à eux.

Ils ont commencé d’abord à ériger une mosquée autour de laquelle ils ont bâti leurs maisons qui deviennent le noyau de la vieille cité qui porte aujourd’hui le nom de Ouadane et à laquelle nous nous intéressons ici.

  1. Etymologie de Ouadane

L’origine et la signification de l’appellation de la cité de Ouadane a été sujette à controverse. Ainsi, Cheikh Sidi Mohamed Ould Cheikh Sidi EL Moctar El Kounti estime dans son ouvrage, Errissala Al Ghallaouia, que le mot Ouadane est une déformation du mot berbères : Lanwalane, qui signifierait le sanctuaire ou les animaux susceptibles d’être pris pour gibier viennent se réfugier. Cette interprétation a été reprise et entérinée par Cheikh Sidiya Baba dans son livre : Les Emirats d’Idawiche et de Machdouf.

Un autre ancien auteur Mauritanien Ould M’Bouja, a, dans son écrit Fatah Bab Al Ghafour, corroboré ces interprétations en substituant cependant le mot Nwaran au mot Lanwalane.

Taleb Ahmed Ould Tweir EL Jenna, citant son maître Abdoullah Ould el Hadj Brahim, soutient quant à lui, dans son livre Tarikh Ould Tweir El Jenna, que l’appellation de cette cité dont il est originaire, est Ouadane, mot arabe qui signifie : « deux vallées, une vallée de savoir et une vallée de palmiers dattiers » a-t-il précisé.

En tout état de cause que l’appellation initiale donnée à la cité par les pèlerins fondateurs soit Lanwalane arabisée en Ouadane, ou qu’elle soit Ouadane berbérisée pour un temps en Lanwalane ou Nwarane, le fait est qu’aujourd’hui la ville s’appelle Ouadane ce qui signifie deux vallées en langue arabe.

  1. formation du tissu social actuel de Ouadane

La composante la plus significative en termes de nombre du tissu social de la ville de Ouadane depuis sa fondation, a pour long temps été la descendance des 4 pèlerins fondateurs.

Ainsi, les descendants d’EL Hadj Ali appelé Awlad EL Hadj, ceux d’EL Hadj yakoub, appelés Idayakoub et ceux d’EL Hadj Abderrahmane Esayem, appelés Essiyam ont formé les quatre fractions constitutives de la tribu des Idawelhaj qui avait, à travers l’histoire, établi son ascendant sur la ville dont elle se considère la fondatrice.

Les Idawalhej, les habitants originels des villages avoisinants, le fonds résiduel du peuplement noir sur place depuis la pré-histoire, les immigrants arabes et autres, ayant cohabité pendant des siècles, ont formé un tissu social plus ou moins intégré que d’aucuns ont appelé alhajjiyine. Ce tissu s’est au fil du tempe élargi et diversifié par des nouvelles composantes en l’occurrence, les Kunta, les Chourafas, les Amgarij, les Ahl Hminsalem et d’autres. Toutes ces composantes inextricablement imbriquées les unes aux autres à travers les intermariages et les liens de parenté qui en résultent, ont formé une communauté Ouadanoise fortement homogène.

  1. Arabisation de la Population de Ouadane

Les tribus arabes Bénis Hassane descendant de Beni Hilal installées au Sahara occidental depuis le 11ème siècle, ont commencé leur pénétration en Mauritanie au 15ème et au 16ème siècle.

Au départ, les relatons entre les arabes Bénis Hassane et les berbères Sanhaja étaient plutôt tendues, puis avec le temps, les deux groupements se sont inter-pénétrés et se sont intégrés les uns aux autres.

Les Sanhaja qui se sont convertis à l’Islam ont progressivement adopté l’arabe classique comme langue liturgique et le hassania ,qui en dérive, comme lingua Franca utilisée pour la communication entre les Arabes , les Berbères  et les  composantes  qui se trouvent partout en Mauritanie.

Les Bénis Hassane qui ont établi un Emirat en Adrar au 18ème siècle se sont installés dans les cités qu’ils ont petit à petit arabisée, Ainsi au milieu du 17ème siècle, la tribu arabe Kunta, fraction EL Moutghambrine est venue s’installer à Ouadane aux côtés des Idawellajs et des autres composantes de la population de la ville . Il ressort de ce qui précède que le tissu social actuel de Ouadane, constitué comme on l’a vu des Idawalhaj, des Kunta, des Amgarij, de diverses familles chérifiennes, des Aghazazir,de haratines et d’autres éléments de différentes provenances, est en fait, la résultante d’un brassage entre diverses communautés bien intégrées malgré leurs origines distinctes.

III. Essor économique de Ouadane

De par la position géographique privilégiée qui est la sienne, Ouadane avait vocation à jouer un rôle important tant dans le commerce trans-saharien dont les circuits sont établis dans la région depuis l’antiquité que dans le commerce Atlantique initié par les portugais depuis leur installation sur les côtes Mauritaniennes à partir du 15ème siècle.

Ouadane est comme nous l’avons vu, situé dans l’espace vital des tribus Lemtouna et Messoufa dont les voyageurs arabes Ibn Hawkal du 10ème siècle et Ibn Batouta du 14ème siècle, ont dit qu’elles contrôlaient entièrement l’axe routier : Sijilmassa – Ouadane – Tichit – Walata – Tombouctou.

Du 12ume au 13ème siècle, Ouadane était donc un foyer économique ou s’affectaient l’échange des produits d’origine animale contre les produits agricoles. Autrement dit c’était un point de jonction entre l’économe pastorale des nomades et l’économie Oasienne sédentaire.

  1. Commerce trans-saharien

Par la suite, Ouadane devient un important relais caravanier de commerce trans-saharien par lequel transitaient en provenance du nord des caravanes chargées de sel extrait de kédiet EL Jyll, des dattes, d’orge, de blé d’épices, de métaux, des tissus, de parfum en partance pour les centres méridionaux de Tichit, de Walata et de Tombouctou et en provenance du sud, des caravanes transportant l’or,les céréales, l’ivoire, les esclaves, les tissus teints à l’indigo, tissu qui soit dit en passant a été introduit en grande quantité par les anglais depuis le 16ème siècle et qui deux siècle plu tard, devient l’habit par excellence de Maures ; ce qui a valu à ceux-ci l’appellation d’hommes bleus.

La position géographique de Ouadane et sa proximité des salines de Kediet EL Jyll ont fait qu’il a été un grand carrefour caravanier et un  centre d’échange très fréquenté. Cela n’a pas manqué d’attirer l’attention des portugais et des marocains.

C’est ainsi que parlant des salines de Kediet EL Jyll, le voyageur portugais Alvis Dacadamosto, les a situées à 6 jours au-dessus de « Hoden » c’est-à-dire Ouadane. Evoquant ces mêmes salines, Valentino Fernandes dit : « à deux lieues de cette montagne d’ygild, se trouve la montagne d’où est extrait le sel qui est apporté à Ouaden, à Tombouctou et autres localités ».

Lors des expéditions militaires lancées par les rois Saadiens Mouhamed Cheikh et Ahmed El Mansour Eddahbi contre l’empire Songhaï successivement en 1544, en 1548 et en 1591, les armées marocaines ont ,à chaque fois, pénétrés Ouadane sans toutefois s’y attarder.

Le chroniqueur espagnol Marmol qui étaient de la dernière expédition a écrit : « comme nous restions en cette ville de Ouaden, avec le chérif qui voulait attaquer les Nègres en la compagnie des arabes et plusieurs peuples du désert, nous apprîmes que le Roy de Portugal (Jean II) s’était associé pour le commerce avec le Chèque de la ville, afin d’aller trafiquer à Arguine qui est à 70 lieues de là, du costé du couchant ».

Les armées marocaines n’ont cependant pas cherché à occuper la ville ni à s’emparer des salines de Djyll qui se trouvent à sa proximité.

Des salines ont demeuré entre les mains de la tribu Kunta de Ouadane.

Le capitaine français Vincent, qui a visité ces salines en 1860, a estimé la quantité de sel qui en était extraite à 20 000 charges de chameaux soit environ 400 tonnes par an. L’exportation du sel de Kediet EL Jyll  vers la zone Soudanaise a continué d’ailleurs jusqu’aux premières décennies du 20ème siècle et ce à raison de 50 à 60 000 barres par an.

  1. Commerce Atlantique

A partir de la 1ère moitié du 15ème siècle, les portugais commencent à avoir un intérêt réel pour les côtes Mauritaniennes, puisqu’ils y établissent des comptoirs dont le plus significatif a été celui d’Arguine établi en 1441. Puis ils commencent à mieux s’informer sur les grands centres du commerce caravaniers à l’intérieur du pays.

Et Ouadane a été l’un des carrefours du commerce trans-saharein auquel ils se sont particulièrement intéressés. Plusieurs chroniqueurs Portugais et Européens, à leur service, l’ont expressément mentionné dans leurs différents récits.

Ainsi en 1447, le voyageur portugais Joao Fernandes, parle dans ses chroniques, de Ouadane et de ce qu’il a appelé « ses figuiers d’enfer ».

Il a notamment indiqué que Ouadane était une ville de 400 habitants et un entrepôt de sel de Djyll et dont les habitants se nourrissent d’orge, de dattes et de lait de chamelles.

Le Vénicien Alvise Cadanostro, au service de l’Infant du Portugal indique, lui, en 1475 que Ouadane est : «  un centre de commerce d’esclaves et d’or où il y a de nombreux arabes » ; un autre chroniqueur portugais du 15ème siècle écrit : « Derrière le cap blanc, se trouve un lieu appelé Ouadane qui est situé à l’intérieur des terres à une distance de 6 journées de chameaux.

  1. Facteurs sous-jacents

L’islam est un dogme qui comporte, entre autres un système complexe de normes morales et juridiques qui codifient et réglementent tous les aspects de la vie en société.

Or la compréhension du Coran et de la Tradition du prophète Mohamed, qui sont les références ultimes de ce dogme, nécessite, la maîtrise de la langue Arabe ce qui, à son tour, requiert l’étude approfondie de la philosophie, de la grammaire, de la rhétorique, de la logique, de la métrique, etc… ainsi que l’étude systématique de la théologie, de la liturgie, de l’exégèse du coran, de la jurisprudence etc…

Les activités intellectuelles entreprises pour l’acquisition de compétences linguistiques et pour l’approfondissement des connaissances théologiques, ont à termes, conduit à l’apparition de fonctions cléricales qui ont été dévolues aux tribus dites Zawaya dans le cadre de la division du travail, au sein de la société poste-islamique qui s’était petit à petit mise en place à Ouadane.

Les retombées du foisonnement intellectuel qui se déroule dans le monde islamique sous diverses influences, les doctrines diffusées par les marchands et les prosélytes Arabes de passage à Ouadane, et les livres traitant de toutes les discipline apportés du Maghreb de l’Andalousie et du moyen orient, grâce aux rotations incessantes des caravanes, ont été les principaux facteurs qui ont sous-tendu l’essor culturel remarquable que Ouadane a connu des siècles durant.

Il faut cependant préciser qu’avant l’avènement de l’administration coloniale française, l’accès à la culture au niveau de Ouadane, comme c’était le cas partout en Mauritanie, était essentiellement l’apanage des tribus Zawaya ou maraboutiques, tandis que les autres tribus n’y avaient qu’un accès limité, qui était d’ailleurs fonction de la positon qu’elles occupaient au sein de la pyramide sociale.

  1. Mode traditionnel de transmission du savoir

A Ouadane, comme partout en Mauritanie, la transmission du savoir s’effectuait dans les institutions éducatives traditionnelles appelées MAHADRAS.

Dans ces institutions, était dispensé, un enseignement qui variait de l’alphabétisation élémentaire à l’érudition la plus poussée.

Les disciplines qui y étaient enseignés en plus du Coran, étaient : les sciences linguistiques de la langue arabe, la théologie,la jurisprudence, l’asrtologie, l’arithmétique,l’histoire,la généalogie,le scret des lettres ou la science infuse …le materiel didactique  mis en œuvre était rudimentaire, il consistait en une planchette de dimensions variables appelée « Lawh » sur lequel étaient écrits les textes à réciter,

  • une pierre évidée qui sert d’encrier (appelé Dwaya)
  • un roseau épointé qui sert de plume (appelé calam)
  • un mélange de poudre de charbon et de gomme arabique dilués dans de l’eau pour servir d’encre (appelé Sengha)

Malgré la modicité des moyens mis en œuvre, les Mahadras de Ouadane étaient si nombreuses et ceux qui en sortaient si pléthoriques qu’à un moment donné, il y’ avait eu en ville, une rue où il y avait, dit-on 40 maisons successives habitées par des érudits aussi illustres les uns que les autres, appelée rue des 40 savants, ainsi que l’a rapporté Taleb Ahmed Ould Tweir El Jenne dans son livre : Rihlet EL Mouna Wal Minna.

De plus le rayonnement extérieur des Mahadras de Ouadane était tel qu’elles avaient attiré des litérati Mauritaniens aussi célèbres que Sidi Abdoullah Ould Razgue, Taleb Ahmed Ould Ben Lamech, Sid Ahmed Bulawtad, etc…

Ce rayonnement avait une portée telle qu’en Libye, il y avait un adage populaire qui disait : « il n’y a de dattes que celles de Fezane et il n’y a de savoir que celui de Ouadane ».

Quand à la quantité de livres et de manuscrits accumulés à Ouadane, elle était prodigieuse. A cet égard, l’auteur anglais H.T. Norris rapports dans son livre : The Piligrimage Of Ahmed Son Of Little Bird Of Paradise, qu’à son retour de pèlerinage en 1835, Taleb Ahmed Ould Tweri EL Jenna, a amené à Ouadane 30 Chameaux chargés de livres.

 

  1. Déclin de la ville de Ouadane

Après une prospérité qui a durée environ 5 siècles, la ville de Ouadane, a connu un déclin économique, social et culturel, qui a commencé vers la fin du 17ème siècle, s’est aggravé au début du 20ème siècle pour culminer durant les années 1970.

  1. Recul économique

Le développement à partir du 17ème siècle du commerce Atlantique, le déversement sur les marchés européens de l’or et de l’argent de l’Amérique du sud d’une part et l’apparition du commerce triangulaire d’autre part, ont conduit au recul graduel du trafic trans-saharien dont Ouadane tirait toute sa prospérité.

Par ailleurs, l’intérêt croissant des puissances européennes pour la gomme arabique a déplacé les courants d’échanges entre Européens et Mauritaniens vers la partie sud-ouest du pays ; ce qui a accentué le rétrécissement des échanges caravaniers et à, par conséquent, réduit les rotations des caravanes qui passaient par Ouadane pour y effectuer toutes sortes de transactions bénéfiques pour la ville.

Jusqu’au 31 juillet 1909, date à laquelle Ouadane est passé sous contrôle de l’administration coloniale Française, cette ville profitait encore, peu ou prou, du trafic caravanier qui s’effectuait entre le sud Marocain et la région Soudano-Sahélienne.

Mais l’avènement de la colonisation, les mouvements de résistances armées qu’elle a suscités ça et là, et les découpages administratifs de la sous-région en fonction des impératifs sécuritaires de l’Administration coloniale, ont conduit à un enclavement quasi-total de Ouadane, qui a commencé depuis lors à péricliter sur tous les plans.

D’autres facteurs apparus ultérieurement, ont aggravé encore davantage ce déclin, en l’occurrence les sécheresses successives qui se sont abattues sur le pays en général, et sur l’Adrar en particulier et dont la plus longue et la plus dévastatrice a été celle qui a duré de 1969 à 1974.

Aux effets cumulés de ces sécheresses, se sont ajoutés les conséquences de l’insécurité qu’a connu la région de Ouadane durant la guerre du Sahara occidental ; sans oublier l’enclavement de la ville et son éloignement des principaux centres urbains du pays.

  1. Atrophie Sociale

Les conflits intra et inter-tribaux ont causé un dépeuplement de la ville de Ouadane ; ainsi le conflit qui a éclaté entre les deux tribus Traverella et Temegouna au 16ème siècle a contraint Tamegouna ,vaincue ,à émigrer de Ouadane vers le sud Mauritanien notamment à Tigamatine où elle s’est établie pour toujours.

Au 18ème siècle, des dissensions internes entres certaines fractions des Idawalhaj, ont été à l’origine de l’émigration d’une partie de cette tribu vers le sud et l’est mauritanien notamment vers le Trarza et l’Assaba où l’illustre leader politique et spirituel de cette tribu, Lemrabot Sidi Mahmoud Ibn Moctar, a constitué au tour de lui, la puissante confédération tribale des Ahl Sidi Mahmoud.

Le déclin économique de Ouadane et la raréfaction des activités rémunératrices qui en découlent, ont provoqué une hémorragie sociale qui s’est traduite par une émigration soutenue de la population active de la ville vers les pôles d’attraction du pays (Atar, Nouadhibou, Zouerat, Nouakchott, etc…).

Plus tard, le souci de scolarisation de leurs enfants, a conduit de nombreuses familles à émigrer de Ouadane vers d’autres villes du pays où ces enfants peuvent poursuivre leur scolarité.

  1. Régression culturelle

L’amenuisement des ressources économiques de la ville et le dénuement de sa population ont favorisé l’exode et ont abouti à un recul considérable de l’activité culturelle. Ainsi l’enseignement   traditionnel a quasiment disparu ; de même les bibliothèques naguères bien fournies, ont été du fait de l’émigration de leurs propriétaires, laissées à l’abandon.

Les livres et les manuscrits qu’elles contiennent se dégradent et s’éparpillent, tant et si bien que de l’immense patrimoine culturel de Ouadane il ne reste aujourd’hui qu’une vingtaine de bibliothèques squelettiques dont les ouvrages sont mal conservés et mal protégés contre les intempéries et les autres facteurs dégradants.

  1. Renaissance de la ville

Depuis la fin des années 1970, un ensemble de conditions propices à la renaissance de Ouadane se sont progressivement réunies. C’est ainsi que l’UNESCO, lors de sa conférence de 1978, a retenu le principe d’engager une compagne de sauvegarde de villes anciennes Mauritaniennes dont Ouadane.

Puis le 16 février 1981, le Directeur Général de l’UNESCO, Amadou Mahtar Mbow, a lancé en présence du Directeur de l’ALECSO, un appel pour sauvegarder la ville de Ouadane ainsi que les 3 autres villes anciennes de Mauritanie.

Il a été par la suite décidé qu’en tant que ville classée patrimoine de l’humanité, Ouadane devra être protégé, son site sauvegardé, ses bibliothèques réhabilitées et préservées et ses manuscrits restaurés et conservés.

Ouadane a également pu bénéficier d’une campagne subséquente en faveur des villes anciennes de Mauritanie.

D’autres actions propices à la renaissance de la ville, consistant en la promotion du mouvement coopératif et en l’impulsion des activités agro-pastorales, ont été menées soit à l’aide des ONG caritatives soit dans le cadre de la coopération bilatérale ou multilatérale.

Dans le domaine culturel, des activités promotionnelles visant à réhabiliter les différents aspects de l’héritage culturel historique de la ville, ont également été entreprises.

Dans ce cadre un travail méritoire de reconstitution des bibliothèques locales, de restauration de manuscrits, de collecte d’objets d’art et de matériel lithique du cru en vue de leur conservation dans un musée construit à cet effet, a été accompli grâce à une aide financière consentie par la coopération et l’action culturelle Français. L’Espagne et le Portugal ont chacune en ce qui la concerne aidé au développement socio-économique de la ville.

De plus dans le cadre de la politique de promotion socio-économique des communautés rurales menée par les pouvoirs publics, il a été remédié à l’enclavement de la ville grâce à la construction d’une piste compactée reliant la ville à la capitale, Atar.

En outre, l’émigration des familles en raison des impératifs de la scolarisation de leurs de leurs enfants, a été ralentie par la création de nouveaux établissements scolaires, primaires et secondaires dans la ville.

Enfin un net regain d’intérêt de la diaspora de Ouadane pour sa ville, s’est  traduit par un mouvement d’investissements significatifs au niveau de la cité.

Ces investissements ponctuels ont contribué à créer des emplois, à fixer la population dan son terroir et à encourager le retour des ressortissants de la ville contraints d’émigrer  faute de moyens de subsistance minima . C’est dire que la ville est en train  d’émerger du déclin où un ensemble de facteurs tant endogènes qu’exogènes l’ont graduellement enfoncée.

Aujourd’hui, Ouadane est un département d’environ 4000 habitants qui s’efforce d’avancer sur la voie du développement . Son  économie est au demeurant basée sur la cueillette saisonnière des dattes, le petit commerce et les cultures maraîchères dont la production est entièrement destinée à l’exportation vers les grands centres urbains du pays. Ce département devait pouvoir bénéficier des retombées d’un tourisme culturel qui  doit  pouvoir reprendre si les conditions requises pour ce faire sont réunies.

 

Conclusion

En guise de conclusion, l’on peut dire que Ouadane qui a connu une présence humaine continue depuis la préhistoire a été un creuset de brassage et de métissage entre différents groupements humains venus d’horizons divers. Et en raison de sa position géographique privilégiée, cette ville a été, 5 siècles durant, un véritable port du désert par lequel transite le commerce caravanier  transsaharien et qui a pendant un temps, attiré les traitants Européens engagés dans le commerce Atlantique.

Ouadane, a, par ailleurs, été un phare culturel qui a pendant longtemps rayonné sur toute la sous-région.

L’on peut également dire que Ouadane a les potentialités pour pouvoir  surmonter le  déclin qu’elle a connu du fait de certaines contingences historiques  , renaître de ses ruines, au propre  comme  au figuré et partir  résolument à l’assaut d’un avenir  beaucoup plus prometteur  pour la population laborieuse et industrieuse qui est la sienne.

Bibliographie

  1. Mauritanie, des origines au début de l’histoire : Par Robert Vernet

  1. L’histoire du Maghreb: Abdullah Laroui Collection Mespero

  1. The Golden Trade Of the Moors : E. W Bovill Oxford University Press

  1. La Mauritanie à travers les ères : Isselmou O/ Med Hady (arabe) Imprimerie Atlas

  1. Nomadisme, Islam et politique dans la société Maure précoloniale : (11ème siecle-13ème siècle) Abdel Wedoud O/ Cheikh Paris V, Renés Descartes, 1985

6.The Idjil Salt Industry : Its role in the pré-colonial economy of western Sahara, Elisabeth Anne Mc Dougell 1980 Dissertation Informaticien Service

  1. Bilad Shingui – le Minaret et le Ribat : El Khalil O/ Enagoui ; Tunisie 1987 (arabe)

  1. The Piligrinage of Ahmed ; son of little bird of Paradies : H.T Norris ; Aris £ Phillips Ltd, werminister, England.

  • Alvis Da Ca Da Mosto (1455 – 1456)

Dans « The voyages of Dacadamosto and other documents on western Africa in the second helf of the 15th century »

  • Pacheco Pereïra, Esmeraldo de situ Orbis

  • Valentino Fernandes : (1506 – 1907)

« Description de la côte d’Afrique du centre au Sénégal »

  • Manny, « Tableau Géographique»

  • Ibn Batuta : « voyages »

  • Capitaine H. Vincent : « Voyage d’exploration dans l’Adrar » revue Algérienne t Coloniale. Octobre 1860

  • Raymond Money : Expédition Marocaine d’Ouadane vers 1543 – 1544

 

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